mercredi 8 mars 2017

Savoirs et clinique - Numéro 2017/1 - n° 22 - Sexe, savoir et pouvoir

Erès - Mars 2017


Comment la clinique analytique affronte-t-elle ce qui nous dépasse dans le sexe, le savoir et le pouvoir ? En quoi les évolutions de la théorie nous permettent-elles de nous orienter dans l’écheveau formé par ces trois concepts noués par le langage et l’écriture ? Le savoir s’appuie sur le langage. Le pouvoir n’est pas pensable sans l’usage du signifiant, ce dont Lacan tient compte avec son concept du « signifiant maître », qui à la fois représente le sujet et est au service de l’ordre dominant. Les hommes et les femmes ne se rapportent pas de la même façon au langage : les femmes ne se rangent pas à part entière dans le domaine défini par la fonction phallique, censée soumettre tout un chacun à sa législation castratrice. Tout choix reposant sur un acte de langage, le signifiant accorde à une femme – ou un homme – une marge de liberté pour choisir son sexe malgré l’anatomie de son corps (ce qui ne veut pas dire qu’il ou elle en fasse abstraction).
Pourquoi souhaiter donner au savoir le privilège sur les deux autres ? Un savoir peut-il exister sans pouvoir ? Le sexe lui aussi, par le biais de la libido, participe à la production de savoirs (sublimation ou symptôme créateur – « sinthome »).

Page 7 à 13 : Franz Kaltenbeck, Monique Vanneufville - Éditorial | Page 14 à 24 : Geneviève Morel - Vivons-nous dans une ère post-phallique ? | Page 25 à 33 : Néstor A. Braunstein - L’œuvre d’amour à l’époque de sa reproductibilité technique | Page 34 à 43 : Marcela Iacub - La domination sexuelle des femmes | Page 44 à 53 : Michael Meyer zum Wischen - Nathalie St/G-R-Anger et l’inquiétante étrangeté de la maison des femmes | Page 54 à 63 : Christine Louchard Chardon, Yves Morhain - L’adolescent et le couple de ses parents | Page 64 à 76 : Franz Kaltenbeck - Perversion et psychose I Leurs différences et leurs interférences dans l’œuvre de Freud | Page 77 à 87 : Diane Watteau - Ne me touche plus ou Rien ne va plus entre sexe, pouvoir et savoir | Page 88 à 96 : Diana Caine - Le cas du patient G : traumatisme cérébral, psychose et psychanalyse | Page 97 à 104 : Caroline Gault - Image du corps et chirurgie bariatrique | Page 105 à 114 : Boris Chaffel - Naturalisations : deuil et violence coloniale | Page 115 à 118 : Aline Bourjot - « Que moi » | Page 119 à 124 : Geneviève Morel - Critique de film | Page 125 à 134 : - Comptes rendus de lecture.

samedi 4 mars 2017

Gisèle Chaboudez : Que peut-on savoir sur le sexe ? Un rapport sans univers

Hermann - Février 2017


Un chemin considérable a été parcouru depuis que Freud a mis au jour un nouveau savoir sur le sexe. La psychanalyse a exploré largement la causalité psychique, mais négligé relativement l'incidence des facteurs biologiques dans la sexualité. On peut, en relisant Lacan autrement, combler cette lacune et interroger la sexuation et la loi sexuelle à partir de son « roc biologique ». Un autre versant se découvre, d’où s’éclairent nombre de problématiques sexuelles du XXIe siècle, où la logique purement phallique n’est plus la seule référence, et avec l’émergence de nouveaux discours sexuels qui se réclament d’une multiplicité des modes de jouissance. 
Les civilisations ont établi entre les sexes un rapport universel, mais il n’y a d’universel que le rapport qui, comme tel, n'est pas sexuel. C’est ce que notre époque met en scène. À certaines conditions, la psychanalyse permet de penser les logiques à l’œuvre dans la société contemporaine, que Gisèle Chaboudez présente comme les « données actuelles du rapport sexuel ».

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mercredi 1 mars 2017

Dominique Gauch : Entre rêve et foi, où se tient le sujet du désir ?

Erès - Février 2017 - Inconscient et spiritualité


L’auteure explore la question du rapport entre inconscient et foi, grâce à la redécouverte de la pertinence, de la profondeur et de l’effectivité de la pensée existentielle du poète roumain, juif, Benjamin Fondane. En ces temps où tente de s’imposer par la barbarie un Dieu idolâtre et méprisant de l’humain, l’auteure repose à nouveaux frais la question de la foi - qui, selon elle, ne peut être dénouée de la question de l’inconscient et du mal – par la médiation d’une critique du livre du Freud, Avenir d’une illusion, et de l’approche trop souvent réductrice de cette question par les psychanalystes. Sa redécouverte de l’effectivité de la pensée existentielle permet un déplacement fécond de cette question vers une expérience profonde et subjectivante.

Dominique Gauch est psychanalyste, installée à Paris, inscrite à la Société de psychanalystes du IVe groupe. Elle est aussi théologienne, diplômée de l’Institut protestant de théologie de Montpellier. Après des études scientifiques, face aux épreuves de sa propre existence, elle entame un long et profond travail de psychanalyse, étroitement lié à la question de la foi, redécouverte sous la forme d’une vraie affection pour les textes bibliques. Cela la conduisit à la redécouverte de la pensée et de la poésie existentielles du poète Benjamin Fondane.

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mardi 28 février 2017

Pierre-Henri Castel : Ames scrupuleuses, vies d'angoisse, tristes obsédés. Obsessions et contrainte psychique de l'Antiquité à Freud

Editions d'Ithaque - Février 2017


Culpabilité excessive, voire monstrueuse, petites manies angoissées, perfectionnisme, sentiment d’être forcé à toucher, à laver, à vérifier, idées horribles qu’on redoute de mettre en œuvre malgré soi, ces symptômes, que la psychiatrie qualifie aujourd’hui d’obsessions-compulsions, n’ont pas toujours existé.  Pierre-Henri Castel raconte ici comment toutes ces souffrances, souvent secrètes, se sont compliquées à mesure que la conscience morale devenait la valeur suprême de l’individu occidental. Des « scrupules religieux » au début du XVIIe siècle à l’invention par Freud de la « névrose obsessionnelle », il retrace, telle une épopée morale, la douloureuse naissance de notre intériorité.

Pierre-Henri Castel est directeur de recherches au CNRS (Paris Sciences et Lettres, Institut Marcel Mauss, EHESS – Laboratoire interdisciplinaire d'études sur les réflexivités, LIER). Ses travaux portent sur l’histoire et l’épistémologie de la médecine mentale, la philosophie de l’esprit et l’anthropologie sociale. Membre de l’Association lacanienne internationale (ALI), il exerce la psychanalyse à Paris.

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mercredi 15 février 2017

Pascale Hassoun : Un dragon sur le divan. Chronique d'une psychanalyste en Chine

Erès - Février 2017


La psychanalyse peut-elle se transposer sur un divan chinois ? Le regard d'une psychanalyste française qui a pris le risque d’une véritable rencontre avec des personnes, un pays, une culture.

De 2003 à 2016, Pascale Hassoun fait des séjours à Chengdu (Sichuan) afin de contribuer sous forme de séminaires, supervisions, entretiens, à l'émergence de la psychanalyse. Le récit de cette expérience qui fait acte de transmission raconte l'histoire des rencontres d'une femme qui s'engage dans un pays qu'elle ne connaît pas, à la recherche de l'autre mais aussi d'elle-même. A travers des comptes rendus de situations cliniques concrètes (on y croise des questions sur la famille, l'enfant unique, la piété filiale, la femme…), des réflexions sur la pratique des psychanalystes, des propositions d'une clinique psychanalytique que les interlocuteurs chinois adaptent à leur culture et à leur vision du monde, ce livre offre un cheminement inédit et personnel vers « l'autre » chinois.

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jeudi 2 février 2017

L'information psychiatrique - Numéro 2017/1 - Volume 93 - New public « ravagement » ?

John Libbey - Janvier 2017


Page 3 à 8 : Isabelle Montet - La psychiatrie est-elle encastrable dans l’hypercube ? | Page 9 à 12 : Monique d’Amore, Isabelle Montet - Existe-t-il de bonnes pratiques de fonctionnement des pôles médicaux et médico-techniques ? | Page 13 à 19 : Frédérique Quidu, Jean-Pierre Escaffre - Objectif : bouleversements des pouvoirs. Technique : un brouhaha institutionnel permanent | Page 21 à 26 : André Grimaldi, Jean Paul Vernant - Réflexions sur les modalités de financement des hopitaux | Page 27 à 29 : Philippe Gasser - Audit croisé entre praticiens. Évaluation participative au CH Mas Careiron d’Uzès (Gard) | Page 31 à 38 : Bernard Odier - La description des traitements ambulatoires : vers une typologie | Page 39 à 42 : Christophe Dejours - La psychiatrie résiste-t-elle au néolibéralisme ? | Page 43 à 50 : Helen Herrman, Carol Harvey, Cathy Humphreys, Steve Halperin, Lenice Murray, Kristen Moeller-Saxone - Supporting carers of vulnerable young people living in out-of-home care: the Ripple project | Page 51 à 56 : Xavier Aimé - Intelligence artificielle et psychiatrie : noces d’or entre Eliza et Parry | Page 57 à 64 : Nicolas Brémaud - La mégalomanie délirante : une toute-puissance sur fond de vacuité existentielle | Page 65 à 66 : - Analyse de livre | Page 67 à 69 : - Sélection de livres | Page 71 à 72 : - Analyse de film | Page 73 à 75 : - Agenda.

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mardi 31 janvier 2017

Angélique Christaki : La musique barbare de l'hallucination

Hermann - Décembre 2016


C’est à travers des extraits de thérapies d’enfants qu’Angélique Christaki suit l’hallucination à la trace, ainsi que le dépliement du mode hallucinatoire dans la cure analytique et dans le rêve. Souvent délaissée, la question de l’hallucination chez l’enfant est ici enfin traitée avec le sérieux psychopathologique qu’on lui doit. Rêve, traces dans le transfert, remémoration, autant de lieux où l’hallucinatoire peut se jouer, places à revisiter dans le sillage freudien.
Écouter l'hallucination dans son élaboration, c'est aussi entendre la barbarie intime de la langue, dont les nuances phoniques et la musique singulière constituent un craquement qui s'exerce comme une vibration dans le transfert. La parole hallucinée se comprend alors comme l'écho muet du sexuel, et dégage la saveur a-mère des mots de la langue intime, de cette langue maternelle "dé-maternalisée".

Angélique Christaki est psychanalyste à Paris, psychologue clinicienne, directrice de recherches en psychopathologie et enseignante à l’université Paris 13.

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lundi 30 janvier 2017

Le Coq-héron 2016/4 - N° 227 : Voix de la psychanalyse italienne, aujourd’hui

Erès - Janvier 2017


Le Coq-Héron ouvre en grand ses portes à la psychanalyse italienne. Franco Borgogno, de l’Association italienne de psychanalyse (SPI), nous invite à le suivre pour un tour d’horizon complet de la pensée psychanalytique actuelle et de ses avancées cliniques. Antonino Ferro, Stefano Bolognini ou Franco de Masi, voix déjà connues en France nous offrent leurs plus récents écrits. Des psychanalystes encore à découvrir comme Tonia Cancrini, Giovanna Regazzoni Goretti ou Anna Maria Nicolò exposent leur travail avec des enfants, des adultes ou des adolescents. Une pensée en mouvement saisie au vif de la séance analytique.

Page 7 à 10 : Franco Borgogno - Voix dans la psychanalyse en Italie, un tour d’horizon | Page 11 à 14 : Elena Adam - Prélude | Page 15 à 24 : Anna Ferruta, Mariella Galazzi - Histoire, développements et formes de la psychanalyse en Italie | Page 25 à 33 : Paolo Boccara, Anna Caprarelli - Aux confins du pensable | Page 34 à 41 : Rita Corsa, Elena Riva - Edoardo Weiss, le « tenace pionnier » de la psychanalyse italienne | Page 42 à 52 : Franco Borgogno, Elena Adam - Narcissisme, reconnaissance psychique et validation affective | Page 53 à 58 : Giovanna Regazzoni Goretti, Maria Hovagemyan-Odone - Avant la douleur | Page 59 à 72 : Antonino Ferro, Nicole Brissaud - Personnages du champ analytique et action thérapeutique | Page 73 à 80 : Stefano Bolognini, Corinne Dujarry - Plaisir, maîtrise et légitimation narcissique, points cardinaux de la perversion | Page 81 à 88 : Franco De Masi - La mémoire et la réparation, la psychanalyse et la question de la mort | Page 89 à 97 : Tonia Cancrini, Elena Adam - Trauma et souffrance psychique des premières expériences de vie | Page 98 à 110 : Anna Maria Nicolò, Antonella Angelini-Rota - Fin de l’analyse et conclusions agies à l’adolescence | Page 111 à 119 : Massimo Vigna-Taglianti, Antonella Angelini-Rota - Le paternel comme dimension régulatrice évolutive du masculin | Page 120 à 122 : Judith Dupont - Salut à Bernard This | Page 123 à 124 : Hervé This - Hommage à mon père | Page 125 à 137 : Jean-Pierre Kamieniak - Freud et le vin | Page 138 à 147 : Claude Nachin - Mythes et réalités externes et psychiques revus à la lumière de l’œuvre de Nicolas Abraham et de Maria Torok | Page 148 à 150 : Géraldine Le Roy - Betty Joseph, une quête d’équilibre et de changement psychique | Page 151 à 160 : - Lectures.

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Françoise Davoine : Comme des fous. Folie et trauma dans «Tristram Shandy»

Gallimard - Janvier 2017 - Connaissance de l'inconscient


Sous la forme d'un dialogue de l'auteur avec son mari disparu (psychanalyste lui aussi et venu de la littérature), Comme des fous est le commentaire du livre premier de La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, roman majeur de la littérature occidentale, écrit par Laurence Sterne (1713-1768) dans les dix dernières années de sa vie. Le dialogue, actif, contrasté, décrit vivement les traumas et la folie qui s'emparent des personnages, et propose une lecture psychanalytique, mais aussi philosophique, historique et politique de ce roman de la déraison. Françoise Davoine questionne à mi-voix l'usage que l'on peut faire de l'écriture et de la création littéraire dans une culture qui bat la breloque : à quoi bon Swift, ou Cervantès, ou Sterne, si le combat a lieu entre les fools et les knaves, entre les fous et les crapules ? Tandis qu'avec une insouciance baroque dans le ton même de Sterne, et en profitant sans doute de son propre statut de disparu, le défunt époux de l'auteur fait ironiquement le psychanalyste, par petites touches, cite au passage Lacan, Freud ou Hannah Arendt, et dérange si bien l'avancée obstinée de l'auteur que l'on oublie que c'est Françoise Davoine qui le fait parler : dans un monde de fous, l'écriture redonne vie aux disparus, et remet le temps en marche.

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samedi 28 janvier 2017

Anne Juranville : La psychanalyse à l'épreuve de l'art. Le féminin, le procès de la création

Éditions universitaires européennes - Janvier 2017


Lacan, dans la suite de Freud, affirmait que l’artiste précède toujours le psychanalyste : «Marguerite Duras s’avère savoir sans moi ce que j’enseigne». Cet ouvrage se propose de suivre ce que des artistes modernes, écrivains, cinéastes, peintres, ont à nous enseigner. Des femmes disent à travers la littérature leur propre façon d’aborder l’érotisme, mais aussi leur violence (Virginie Despentes), leur jalousie destructrice (Catherine Millet); un cinéaste comme Lars von Trier montre jusqu’où peut aller la folie masochiste sacrificielle d’une femme prise dans un système communautaire traditionnel. Mais, au-delà d’un savoir du mal dont Ian Mc Ewan traque l’élément démoniaque dans les aspects de la perversion la plus ordinaire, les artistes nous disent aussi vers quelle puissance solaire les entraîne l’exigence implacable de la création (Virginia Woolf, Chaïm Soutine, Lawrence Durrell).

Anne Juranville est agrégée de philosophie, professeur émérite de psychologie clinique à l’Université de Nice-Sophia Antipolis. Elle a notamment publié "La femme et la mélancolie" (PUF, 1993); "Figures de la possession" (Presses Universitaires de Grenoble, 2001); "La mélancolie et ses destins" (Editions In Press, 2005).

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lundi 16 janvier 2017

Fabienne Hulak : Logique du sinthome. Mise en pratique

Champ Social - Septembre 2016 - collection "Psychanalyse"


Le symptôme névrotique tient à ce que Freud appelle complexe d’Œdipe, Lacan en a extrait la structure par la réduction au signifiant du Nom-du-Père qu’il pose dans son dernier enseignement comme le principe fondateur du sujet avec le nouage borroméen des trois instances, réel, symbolique et imaginaire. Il généralisera cette fonction de nouage en substituant à ce terme de symptôme celui de sinthome.
La mise en pratique d’une logique du sinthome se fonde sur un paradoxe au regard de la logique logicienne car elle n’est pas identifiable aux formes de l’argumentation en chacun des chapitres du présent ouvrage, mais dans la relation diagonale qui les relie. Nous y reconnaîtrons la mémorable opposition entre raison analytique et raison dialectique. 
Ainsi cette étude explore des cas et des œuvres qui relèvent tout autant de l’avant-garde artistique que de la folie qui eurent fonction de suppléance au dénouement de la structure subjective de leurs auteurs.
Le sinthome donnant lieu à une création, une invention, il est transversal à tous les champs de savoir. Il amène à considérer toute l’importance d’une question qui relève de l’arrimage de la lettre et du corps, tant chez Laurie que chez Wolfson, Wölfli ou Artaud.
A s’en tenir à la clinique, la question se pose concernant la place occupée par l’analyste dans le soutient du cheminement d’une telle invention chez un patient en impasse de son nouage subjectif. ‘’L’homme aux anamorphoses’’ est un cas présenté dans cet essai.

Fabienne Hulak est psychanalyste, psychologue clinicienne, membre de l’Ecole de la Cause freudienne (E.C.F.) et de l’Association Mondiale de Psychanalyse (A.M.P.), maître de conférence H.D.R. au département de psychanalyse de l’Université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, membre du laboratoire « La section clinique » EA 4007 et consultante à l’E.P.S. de Ville-Evrard.

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lundi 9 janvier 2017

Philippe Lacadée : François Augieras. L'homme solitaire et la voie du réel

MICHELE EDITIONS - Juin 2016 - Collection : Je est un autre


François Augiéras, né le 15 juillet 1925 à Rochester, aux États-Unis, voulait accéder au réel du monde d'avant nous, les êtres humains dits civilisés venus le dénaturer. Le réel prit, pour lui, la figure de l'Autre en tant qu'Univers-divin auquel, au-delà de son amour, il dédia la jouissance de son être. Il voulut s'extraire de la lumière grise de Paris qu'il détesta dés son enfance, pour atteindre la lumière d'une lucidité transcendantale. Il se tint à l'écart des humains d'abord dans le désert d'El Goléa, inspiration de son livre remarqué « Le Vieillard et l'Enfant », et, en fin de vie, dans sa grotte de Domme où il écrivit Domme ou l'Essai d'Occupation. Il meurt seul à l'hospice à 47 ans. Il fut écrivain et peintre. « Ma plus belle oeuvre d'art, serait-ce ma vie ? » Aventurier de l'esprit, il fut une des figures les plus fascinantes et scandaleuses de la littérature de son époque suscitant l'enthousiasme d'André Gide, Marguerite Yourcenar, Yves Bonnefoy... Le nouage de son écriture et de son existence fait entendre une expérience du réel inédite. Sa quête du Dieu-Univers l'amena, dans une énergie sans mesure, à être à l'écoute des pulsions du vivant de la nature. Il annonça la venue de l'Homme Nouveau du Plan divin, en osmose avec l'Univers. Il disait être un malheureux « qui, [...] s'est amusé à inventer à lui tout seul une civilisation inconnue [...] bien sûr cela retiendra l'attention d'un psychiatre, mais non pas celle des autorités : je n'en demande pas davantage. » Voilà donc retenue mon attention de psychanalyste, et voici ce livre dans lequel j'ai essayé d'être le passeur de l'oeuvre-vie de François Augiéras qui, depuis son fameux Lit de fer, s était hissé sur son escabeau pour se faire cet artiste-délinquant, comme il se nomma luimême, dans la mise à nu par l'écriture du réel auquel il eut affaire. » Ph.Lacadée

Philippe Lacadée, psychiatre et psychanalyste à Bordeaux, est membre l'Ecole de la Cause Freudienne et de l'Association Mondiale de la Psychanalyse. Il est l'auteur, aux éditions Michèle, du Malentendu de l'enfant, ce que nous disent les enfants et les adolescents d'aujourd'hui (édition revue et augmentée, 2010), de Vie éprise de parole, fragments de vie et actes de parole (2012) et La vraie vie à l'école, la psychanalyse à la rencontre des professeurs et de l'école (2013) ; et, aux éditions Cécile Default, de L'éveil et l'exil (2010) et de Robert Walser, le promeneur ironique (prix OEdipe des libraires, 2011).

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