vendredi 26 février 2010

Lacan, passeur de Marx - L'invention du symptôme

Pierre Bruno



Paru le : 25/02/2010
Editeur : Erès
Collection : Point hors ligne
Prix : 28 €

Lacan a lu Marx, assidûment, y compris et d'abord, Le capital à l'âge de 2O ans. Dans ses Écrits, comme dans son Séminaire, il rend hommage à celui qu'il considère comme l'inventeur, avant Freud, du symptôme. Il le critique toutefois d'avoir réduit sa formidable découverte de la plus-value à une réalité comptable, et de ne pas avoir été en mesure d'en saisir le ressort subjectif, à savoir la soif d'un « plus-de-jouir ».

Dans ce livre, Pierre Bruno non seulement recense tous les énoncés de Lacan, critique ou passeur de Marx selon les cas, mais il met aussi à l'épreuve les catégories de Lacan, celle de division du sujet, celle de discours capitaliste, celle de symptôme-sinthome, qui ont été en partie forgées à partir de la lecture de Marx. Au moyen de celles-là, l'auteur analyse deux figures couplées de la scission du sujet - Docteur Jekill et Mister Hyde dans le roman de Stevenson, Jeanne Dark et Mauler dans la pièce de Brecht Sainte Jeanne des abattoirs - et il examine les positions de Althusser, de Deleuze et Guattari, et de Zizek sur les relations entre Lacan, Marx et le capitalisme.

Pierre Bruno déploie ensuite une présentation minutieuse de l'analyse par Lacan du discours capitaliste, en tant qu'il déroge aux quatre discours initialement théorisés par lui. Enfin, il reprend, de Marx à Freud et de Freud à Lacan, la question axiale du symptôme : la clé de la psychanalyse n'est pas dans son éradication mais dans une transformation qui le délesterait de son impact pathologique.

Les Sens du rire et de l'humour

Daniel Sibony



Paru le : 25/02/2010
Editeur : Odile Jacob
Prix : 23 €

« Le rire est la cascade sonore par laquelle on reprend son souffle après qu’il a été coupé, légèrement, par une surprise agréable, un trait (d’esprit mais pas toujours), une différence vivace, un entre-deux qui, nous ayant un peu ouvert, nous a permis d’entrecouper le ronron, le sérieux-sériel du travail, la longue continuité avec soi-même. Le rire libère ou plutôt décharge une curieuse charge signifiante dont on a reçu le choc… » D. S.

C’est ainsi que Daniel Sibony, tout en intégrant les approches de Bergson sur le rire de situation, de Freud sur la levée du refoulement, et de Baudelaire sur le grotesque, donne au rire une dimension et une portée symboliques, transmetteuses de vie, qui engagent notre rapport à l’être, aux autres, à nous-mêmes. En quoi son approche est nouvelle. En passant il prend appui sur un vaste éventail d’exemples, de Devos à Woody Allen, du rire d’Abraham aux Marx Brothers, de l’humour juif ou anglais au rire de la joie ; et il le fait avec la finesse du psychanalyste.

jeudi 25 février 2010

Portrait silencieux de Jacques Lacan

Claude Jaeglé



Paru le : 24/02/2010
Editeur : PUF
Prix : 15 €

Qui parle ? Qui se fait entendre à travers la voix de Lacan ? Est-ce un pickpocket ? Est-ce Lucifer ? Est-ce Bossuet ? Ou seulement une glousseuse ? Un soulard ? Un dresseur de puces ? Les personnages qui hantent la voix de Lacan introduisent à son œuvre par un biais sonore et intime. Le silence occupe la place essentielle dans la parole de ce grand prédicateur. Et la rareté de la voix comme objet théorique demeure une énigme de son œuvre.

Table des matières

Prologue

PREMIÈRE PARTIE. — LES MÉTAMORPHOSES DE LACAN AU COURS DU SÉMINAIRE
I. Un orateur plein de silences
Le public du séminaire et les « snobs » – L’exception des silences
II. Les vides au cœur de la théorie
La diction de Lacan – Agressivité de la prononciation – Évitement de la phrase – L’expérience sonore de la théorie – Une parole à mailles béantes – Dire Freud en français – Le Grand Sardonique – Merlin râleur
III. Personnages oratoires
Le psychanalyste – Le fils de la sourde – Lucifer et son cigare – L’amateur de phonèmes – Le vociférateur
IV. Le « charisme » de Lacan
Une théâtralité magistrale – Héritier de Kojève – Ambivalences du « charisme » – Bourdieu et Lacan

SECONDE PARTIE. — LES SILENCES CONTRE LA PRÉCIPITATION
I. L’étrange rareté du thème de la voix dans la théorie de Lacan
Le séminaire sur L’Angoisse – Rareté du thème de la voix – La voix acousmatique – L’objet voix – Le dépassement de la matérialité sonore – « Chaque progrès de la science… »
II. La voix du chofar
La pensée-à-voix-haute du séminaire – La séance du 22 mai 1963 – La voix, objet pulsionnel – Le « chofar » ou « schofar » – Admiration et agression de Reik – La dynamique du reproche – Mots-cactus – L’exigence scientifique et la modération de la voix (première apparition)
III. Une perception visuelle de la voix
L’origine de la voix – De Gaulle dans la voix de Lacan – L’expérience de l’hésitation dans la perception de la voix – Voix biblique et voix acousmatique – Vision assourdissante de la voix – Barthes : « Je vois le langage » – Anéantissement du sonore dans le gouffre de l’Autre – Les tambours du nô et la précipitation de la voix – La voix, « forme séparable »
IV. Du vide au néant
La séance du 5 juin 1963 – Le langage des sourds – La résonance dans le vide de l’oreille – L’oreille comme un pot – Démantèlement du sonore – Accents de prédication – Bossuet
V. Épilogue
Le ton des novices et le ton de Freud – « Ça ne marche qu’oralement » – L’exigence scientifique et la modération de la voix (seconde apparition) – Le mythe de la voix désaffectée – Un risque assumé avec passion – « L’analyse n’est pas une science » – Voisinage de l’hypnose – La voix enregistrée

Remerciements

Mon analyse avec le professeur Freud

Anna G.




Paru le : 24/02/2010
Editeur : Aubier
Collection : Psychanalyse
Prix : 23 €

Ouvrage édité sous la Direction d'Anna Koelireuter

Vienne, 26 avril 1921, dans le cabinet du professeur Freud. Allongée sur le divan, Anna G. lui déclare: «Je vous aime d'une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n'ai aimé quelqu'un. » Cette jeune femme de vingt-sept ans est entrée en analyse il y a un mois. Elle a quitté Zurich pour la capitale autrichienne, laissant derrière elle son fiancé, sa famille et le Burghôlzli, la clinique où elle exerce le métier de psychiatre. Après sept ans de fiançailles vécues dans l'ambivalence et le doute, son mariage est annoncé pour l'automne. Cependant, Anna G. continue d'hésiter.

La découverte posthume de deux cahiers d'écolier, dont Anna G. n'avait jamais parlé et qu'elle ne destinait pas à la publication, jette une lumière inattendue sur Freud: une partie des séances et des propos échangés y sont consignés. À l'écoute des rêves, des associations, des fantasmes sexuels de son analysante, Freud, alors en pleine maturité, explique, interprète, provoque, sonde. Et il évoque ses propres théories:

le complexe d'Œdipe, le transfert, le cas Dora, le fantasme de l'enfant battu (que sa fille, prénommée Anna elle aussi, lui a inspiré)...

La petite-fille d'Anna G., Anna Koellreuter, docteur en philosophie et analyste à Zurich, a dirigé l'édition de cet ouvrage, paru en 2009 en Allemagne. Elle a convié des historiens et des psychanalystes allemands et anglo-saxons à réagir à ce document exceptionnel, témoignage aussi de la façon dont une jeune femme peut, par l'analyse, sortir d'une souffrance affective et se découvrir un nouveau destin.

Traduit de l'allemand par Jean-Claude Capèle

jeudi 18 février 2010

Le passage adolescent

Jean-Jacques Rassial



Paru le : 18/02/2010
Editeur : Erès
Collection : Erès poche
Prix : 12 €

En trente ans, ce ne sont pas les adolescents qui ont changé, c'est le monde. Si, comme le dit Winnicott, les adolescents sont le « baromètre du social », ils ont plutôt anticipé une évolution dont nous connaissons sans doute le dernier tournant : recomposition de la structure familiale, dissociation entre sexualité et reproduction, dépathologisation de l'homosexualité, fin de l'idéal d'un progrès permanent appuyé sur le développement économique par la fin de l'espoir du plein emploi, mais aussi par la prise de conscience des risques écologiques et climatiques et la nécessité de repenser la politique énergétique... Jean-Jacques Rassial compte parmi les quelques psychanalystes qui, dans les années 1980, considéraient que l'adolescence était autre chose qu'une simple transition entre l'enfance et l'âge adulte. L'évolution du monde leur a donné raison : l'adolescence constitue un moment d'identification et d'opérations psychiques qui concerne autant les enfants que les adultes, processus souvent ordinaire, parfois pathologique. Ainsi, rencontrer des adolescents, c'est d'abord pour le psychanalyste, accepter d'être enseigné par eux sur notre propre humanité, et non vouloir leur apprendre comment devenir des adultes, parce que ça, nous n'en savons rien.

L'Enfant et le psychanalyste

Antonino Ferro




Paru le : 18/02/2010
Editeur : Erès
Collection : Erès poche
Prix : 13 €

À partir des modèles théoriques de Freud, Klein et Bion, Antonino Ferro analyse les trois composantes fondamentales du transfert, de l'interprétation et de la position de l'analyste à l'œuvre dans une relation qui s'établit avec l'enfant à partir du dessin, du jeu, du rêve. Il s'appuie pour cela sur la notion de « champ » conçu comme le lieu de l'influence réciproque du patient et de l'analyste. La position théorique et clinique qu'il soutient ici ne cède jamais sur l'éthique, elle suppose humilité et inventivité permanente. Elle concerne de ce fait tous ceux qui ont choisi, quelle que soit leur discipline, de s'occuper de la souffrance humaine.

mercredi 10 février 2010

Jacques Lacan à Hollywood, et ailleurs

Slavoj Zizek



Sortie le : 11/02/2010
Editeur : Actes Sud
Collection : Rayon philo
Prix : 23,80 €

Présenter à un lecteur non spécialiste la pensée de Jacques Lacan est déjà un pari risqué. Mais le faire à travers le prisme du cinéma hollywoodien, et – inversement – traiter de la culture populaire par le prisme de la pensée lacanienne, voilà qui semble tenir de la gageure. Et pourtant Slavoj Zizek la tient, cette gageure, et avec quel brio. Incarné dans le personnage de Charlie Chaplin dans Les Lumières de la ville, le mystérieux “objet petit a” devient tout à coup lumineux. Soudain, nous comprenons Lacan, et c’est jubilatoire.
Mais cet ouvrage ne saurait se résumer à une tentative réussie de “vulgariser” une pensée sophistiquée. Il s’agit en fait plus profondément ici de renouveler de fond en comble la notion marxiste de “matérialisme dialectique”. Zizek nous montre que Lacan permet de comprendre la vérité du système de Hegel, qui ne se trouve pas dans l’aboutissement qui met un terme au mouvement de l’être et de l’histoire, mais dans la mobilité infi nie qui institue au coeur des choses une différence à la fois minimale et essentielle. C’est par conséquent à une modifi cation radicale de notre vision de la structure du réel, c’est-à-dire à une nouvelle manière d’être réaliste, qui suppose le refus d’accepter les choses telles qu’elles sont, qu’en appelle Slavoj Zizek. Quiconque rejette l’idée que le capitalisme se confondrait avec le réel gagnera beaucoup à découvrir, avec cet ouvrage, l’une des pensées les plus innovantes et excitantes de l’époque.

vendredi 5 février 2010

La mélancolie au féminin - Les rapports mère-fille en lumière

Larissa Ornellas



Février 2010
L'Harmattan
Psychanalyse et civilisations
23,50 €

Depuis K. Abraham, en passant par M. Klein, S. Freud, P. Fedida, M.C. Lambotte jusqu'à Lacan, il y a un consensus sur la problématique mélancolique. Voici une tentative de comprendre l'identification narcissique qu'on observe chez les femmes mélancoliques et leurs mères. Quelle est la particularité de la mélancolie chez les femmes ? L'auteur réussit à définir la mélancolie au féminin. Il souligne la correspondance entre l'ambivalence de la relation préoedipienne à la mère et le conflit lié à l'ambivalence dans la mélancolie

Le groupe, l'affect et le temps

Sous la direction de Claudine Vacheret



Février 2010
L'Harmattan
Etudes Psychanalytiques
17,50 €

Cet ouvrage rassemble les textes de plusieurs cliniciens qui ont participé à un colloque sur "Le temps et la symbolisation" suivi d'un autre sur "L'affect et la symbolisation" organisé par le CRPPC de l'université de Lyon 2. Toute aventure thérapeutique nécessite un travail sur la temporalité, pour pouvoir engager une transformation des affects ce qui en est une des principales finalités. Articuler groupe, affect et temps est un vaste chantier de recherche, auquel cet ouvrage apporte sa contribution.

mercredi 3 février 2010

L'ivresse du pire

Ghyslain Lévy



Paru le : 03/02/2010
Editeur : Campagne Première
Collection : Recherche
Prix : 22 €

Les nouvelles formes du malaise contemporain dévoilent une perte globale du sens, en ces lieux où la jouissance du pire signe la force d'une pulsion de cruauté qui se déchaîne partout où il est possible d'exercer son pouvoir de négation de l'humain. L'ivresse du pire désigne cette surenchère sans frein à repousser toujours plus la limite, à gagner dans le progrès de l'horreur, en s'engageant dans la spirale de la destruction et de l'auto-destruction, à s'abolir tout en " zappant les autres ". À partir de la clinique actuelle et la haine du sujet dont celle-ci témoigne, il s'agit ici de rappeler en quoi l'ombre des catastrophes totalitaires du xxe siècle est tombée sur le moi individuel comme sur les conditions collectives faites aujourd'hui à la vie psychique de l'ensemble humain. Dans un environnement dominé par la virtualisation de l'autre, quand il s'agit de déformer la perception de la réalité pour la rendre encore supportable, demeure-t-il un reste indestructible de l'homme dans l'homme qui puisse résister à ce " rien de pire " ? Ghyslain Lévy est psychanalyste, membre du Quatrième Groupe.

lundi 1 février 2010

L’esprit malade. Cerveaux, folies, individus

Pierre-Henri Castel



Editions d'Ithaque
Collection : Philosophie, anthropologie, psychologie
Parution : janvier 2010
Prix : 25 €

Le formidable développement des neurosciences depuis les années 1980 présente un paradoxe, dont l’état actuel de la psychiatrie est particulièrement révélateur. Bien qu’on en ait jamais su autant sur le fonctionnement du cerveau, les avancées accomplies dans ce domaine n’ont permis d’éradiquer aucune des grandes pathologies mentales connues depuis deux siècles. En revanche, le style de rationalité exigible pour les décrire, les étudier et évaluer leur traitement s’est profondément transformé. La plupart des concepts psychologiques traditionnels ont été ou sont en cours de naturalisation : c’est en termes de neurobiologie et de biostatistiques que sont désormais jugés les états mentaux. L’esprit, c’est ce qui s’explique à partir du cerveau.

En abordant ici les modèles animaux de la folie, les hystéries modernes, la dépression, l’énigme des « fous criminels » ou celle de la conscience schizophrénique, l’auteur poursuit en réalité trois tâches. Il présente d’abord, sous leur jour le plus incisif, les mutations actuelles de quelques théories psychiatriques marquées par la domination conjointe des paradigmes neuroscientifique et évolutionniste. Il vise, ensuite, à dégager les présuppositions philosophiques ultimes de la naturalisation de la folie et des états psychiques morbides qui inspirent ces théories. Il interroge, enfin, les conditions anthropologiques du succès de l’« esprit-cerveau » en psychiatrie.

L’enjeu de ces essais, qui sont animés d’une intention constamment polémique, est de défendre une perspective holiste sur l’esprit, qui en dévoile la nature essentiellement sociale (l’esprit des représentations collectives, des règles sociales, des institutions, des formes de vie, etc.) sans pour autant épouser le relativisme historique. Il s’agit de mobiliser, outre des concepts, des objets concrets et exemplaires afin de montrer que le constructivisme social, largement inspiré par Michel Foucault, ne constitue pas la seule alternative à la naturalisation de l’esprit.