vendredi 31 juillet 2009

Lacanian Ink n° 33

Spring 2009



SOMMAIRE

The logic of the cure; The prisons of jouissance : The phallus an perversion, Jean-Alain Miller
Negative Dialectics and Wagner, Alain Badiou
Saintliness and the Sainthood, François Regnault
The animals that treat us badly, Gérard Wajcman
Self from absence to self; To sleep, perchance to dream ..., Jean-Luc Nancy
Josephine le sinthome, Slavoj Zizek
The fall of SoHo, Richard Kostelanetz
Ridley Howard : CL interviews JA

La nécessité du chagrin d'amour. Alain-Fournier ou l'invention de l'adolescence

André Agard



Parution : mars 2009
Edition : EPEL
Collection : Traces

L’adolescence est une invention récente des sociétés occidentales, dont Le Grand Meaulnes fut un signe avant-coureur. Encore pris dans la crise dont il élabore le mythe, Alain-Fournier en offre par la même le paradigme. Sa vie, vouée à l’adolescence par sa mort prématurée, en éclaire tous les ressorts. A quoi servent les chagrins d’amour ? Pourquoi devient-on écrivain ? Et comment devient-on un vélocilecteur, avide de ballades solitaires et de livres où s’inventer par les mots des autres ? Un roman, écrit avant la première guerre mondiale, rencontre un demi-siècle plus tard un lecteur aussi jeune que son héros, lui ouvre un passage vers la psychanalyse et change sa vie.

mercredi 29 juillet 2009

Psychanalyse et politique. Sujet et citoyen: incompatibilités ?

Marie-Laure Dimon



Parution : juillet 2009
Editeur : L'Harmattan
Collection : Psychanalyse et civilisations
Prix : 21 €

Comment être sujet de son action, de sa parole, de son histoire quand la notion de sujet en psychanalyse fait débat ? Est-il possible d'associer psychanalyse et politique quand l'objet politique est par essence indéterminé ? Les auteurs de cet ouvrage poursuivent la nécessité de penser le vivre-ensemble et d'envisager la mise en perspective de la dialectique sujet et citoyen, créateurs d'histoire et d'une paradoxale compatibilité.

Le crimet et la folie

Henry Maudsley



Parution : juillet 2009
Editeur : L'Harmattan
Collection : Psychanalyse et civilisations - Trouvailles et Retrouvailles
Prix : 20 €

Bien des criminels récidivistes "deviendraient fous s'ils n'étaient pas criminels, et c'est pas parce qu'ils sont criminels qu'ils ne deviennent pas fous". Il y a 130 ans, le Professeur de médecine légale Henry Maudsley faisait le bilan effectif des potentialités criminelles des divers types de malades mentaux. Il montrait l'indécidabilité de trancher positivement la question de la responsabilité des "fous moraux" (nos modernes psychopathes pervers).

vendredi 24 juillet 2009

Un monde en trans. Transfert de transferts ou d’une hypocondrie du contemporain

Sous la direction de Michel Gad. Wolkowicz



Mars 2009
Editeur : EDK
prix : 24 €

Collaboration scientifique et littéraire de Thibault Moreau

Un monde en transes, en transition, en transformation. Mais aussi un monde en transports, en transferts, en traductions et transmissions. On joue ici sur les vibrations polysémiques du préfixe trans. Pour sonder quelques objets identifiés comme des signes et des signaux des crises actuelles, et leur indécidable devenir sur des horizons très brouillés. Le monde se croit et se veut en crise, celle-ci pouvant être constitutive d’un processus de remaniement. Mais n’est-il pas en effet en transes, hors de soi, toujours chez l’autre, en quête de trans, symétrie imaginaire idéalisante et harmonie sédative et conjuratoire, contra-phobique, qui à la fois aspire à la totalité, en miroir du tout-intégriste, et qui s’oublie ? Dirait-il par sa gestuelle, ses « faire » et discours incantatoires, ce qu’il ne peut entendre ? Refuserait-il de tenir ses maux pour des symptômes, dont nous discernons et analysons ici quelques figures exemplaires (destitution de la langue et fascination de la violence – terrorisme, serial killers, l’omnipotence narcissique et le « jouir sans entraves » –, régression et prégnance de la sensorialité sur l’intellectualité, des illusions intimes et collectives, de la pensée mythique, des stéréotypes et idées mimétiques ; généalogie « de la destructivité humaine » et des massacres de masse, « L’écriture de la Shoah », construction de la mémoire, de la subjectivité et de l’altérité [Proust, Modiano, Camus, James, Klemperer…], de la disposition analytique de l’analyste dans la cure…). Pour autant, crises politiques, spirituelles, psychiques, épistémologiques, crises sémantiques et de représentations, interrogées dans leurs dynamiques dé-arrimantes, dé-localisantes, dérivantes. Abordées en polyphonie des ressources disciplinaires : psychanalyse, psychiatrie et criminologie, sociologie, histoire et philosophie, littérature, linguistique et traductologie. Dégager de la confusion des langues, une clinique d’un contemporain dont l’hypocondrie serait le paradigme conjuguant refus de tout trouble de réalité et haine du transfert, insomnie de la pensée, évacuation du fantasme et du sexuel, et autocratisme du psychique. Or, n’est-ce pas l’inquiétante étrangeté du transfert constitutive, selon Pierre Fédida, d’un travail possible de dépressivité qui formerait le lieu de résonance de la mémoire du langage participant alors à réinstaurer un processus de construction singulière, d’historicisation et d’interprétation productrice de sens et de réalité dès lors qu’il est pensé anthropologiquement sous sa forme plurielle de transfert de transferts, lui accordant une fonction de transcendance et de symbolisation ouvrant à une généalogie des pensées, à un espace des temporalités et à une traductibilité responsable, enfin à la construction de la semblance et du matériau humains, ce que Freud, en l’appelant de ses voeux, nommait le travail de civilisation (Kulturarbeit) nous confrontant à la nécessité, selon Gérard Rabinovitch, d’une « éthique de la désillusion », à reprendre par chacun et à chaque génération ?

Textes de : Gérard RABINOVITCH, Alexis NOUSS, David MENDELSON, Daniel ZAGURY, Évelyne LABBÉ, Abram COEN, Jean-Claude BATTU, Jean-Jacques MOSCOVITZ, Thibault MOREAU, Kostas NASSIKAS, Éric GHOZLAN, Ruben RABINOVITCH, Brigitte NATRELLA-ERBIBOU, Michal GANS, Michel Gad. WOLKOWICZ

Situations subjectives de déprise sociale

Sous la direction de Jacques-Alain Miller



Editeur : Navarin
prix : 14,50 €

Tout commence avec cette proposition de Lacan, « le lien social ne s'instaure que de s'ancrer dans la façon dont le langage se situe et s'imprime, se situe sur ce qui grouille, à savoir l'être parlant ». Au fondement de la réalité sociale, il y a « la prise du symbolique » qui s'exerce jusqu'au plus intime de l'organisme humain. La façon dont un sujet tient au social relève donc du logique pur. Pas du psychique.

Les six sujets présentés dans ce volume ne sont plus en prise avec la routine sociale: isolement, excès du corps, débranchements successifs discrets à l'endroit de la famille et du social. Ils sont plutôt en situation de déprise sociale. Il s'agit moins d'une inaptitude au lien social que d'une absence de liens suivis dans le travail, dans les relations. Ces sujets ne s'y retrouvent pas avec les injonctions sociales, en particulier avec celles, générales et anonymes, du monde du travail où ils ne parviennent pas à loger la particularité de leur être. La réunion de ces cas donne un éclairage inédit sur les opérateurs qui président à toute insertion sociale.

Enfances et psy, n° 42

Leurs angoisses : dossier



Paru le 2 juillet 2009
Editeur : Erès
Prix : 16 €

L’angoisse est sans doute l’un des premiers éprouvés du petit d’homme. Du bébé à l’adolescent, elle ne cessera d’évoluer, diverse dans ses expressions comme dans les circonstances qui la déclenchent. Il n’est pas inutile de s’attarder sur sa définition pour comprendre ses diverses manifestations psychopathologiques. Vécu interne, subjectif, distinct du stress ou de la peur causée par un danger réel, l’angoisse est aussi tributaire de l’environnement et circule de l’entourage, familial ou non, à l’enfant et vice versa. Ce numéro d’Enfances & PSY est centré sur la façon dont les professionnels de l’enfance et de l’adolescence reçoivent et prennent en compte dans leurs différentes pratiques professionnelles non seulement l‘angoisse des enfants mais aussi celles des parents, si souvent intriquées. Enfin, l’angoisse des professionnels, qu’elle leur soit propre ou qu’elle surgisse de situations anxiogènes, influe sur leur réponse et souligne l’importance du tiers et de la parole pour en limiter les effets.

jeudi 16 juillet 2009

Le corps contemporain : créations et faits de culture

Céline Masson et Catherine Desprats-Péquignot (dir.)



Paru le: 15/07/2009
Editeur : L'Harmattan
Collection : L'oeuvre et la psyché
Prix : 24,50 €

Corps fabriqué par la médecine, corps biotechnologique, corps transformable à l'envi, corps chimère d'images médiatiques ou bien corps virtuel du cyber-espace soustrait à l'influence du temps du sexe et de la mort. Depuis quelques décennies, des changements fondamentaux sont apparus dans les rapports que les sujets entretiennent avec le corps. Peut-on parler dès lors d'un corps contemporain spécifique à l'époque et à la culture que nous vivons ?

Le masochisme sexuel

Michel Mogniat



Paru le: 06/07/2009
Editeur : L'Harmattan
Prix : 21 €

Si, jusqu'à présent, aucune thèse satisfaisante sur le masochisme n'a vu le jour, il faut peut-être en chercher la cause dans la théorie freudienne de la sexualité.
Les concepts lacaniens ont permis d'aborder différemment le phénomène. Dans un langage clair, cet ouvrage, riche en témoignages, prend en compte la parole des masochistes. L'auteur pose ainsi des jalons pour comprendre le théâtre baroque en perpétuelle représentation qu'est le masochisme sexuel.

vendredi 10 juillet 2009

La Cause freudienne n° 71 - Juin 2009

Au-delà de la clinique




Editorial Philippe Hellebois

Aphorismes Bernard Alberti
Perejaume, le nom de la machine-à-haleine Miguel Bassols
"Je suis homo enfermée dans quelque chose" Nicole Guey
Vit conte Philippe Hellebois
Une phobie singulière Philippe La Sagna
Les caprices d'Aglaé Catherine Lazarus-Matet
Une figure Bernard Lecoeur
Une boulimie a-péritive Pierre Malengreau
Le voyageur impudent Vincent Moreau
Un homme et son objet d'addiction Laure Naveau
L'amour d'une femme Julia Richards
L'art de l'instant de voir Marie-Hélène Roch
La desinsertion de l'homme aux loups Laura Sokolowsky

L'orientation lacanienne

Nous sommes pousses par des hasards à droite et à gauche Jacques-Alain Miller
L'inconscient et le sinthome Jacques-Alain Miller

Entretiens

La pantomime des esprits Hervé Castanet
Un musée imaginaire lacanien Yves Depelsenaire

Etudes lacaniennes

L'acte analytique, huit remarques Agnès Aflalo
Formalisation de l''hallucination verbale "truie" Damien Guyonnet
La pastorale d'André Gide Annaelle Lebovits
Les deux jouissances de l'hystérique Pierre Naveau
L'objet voix Rose-Paule Vinciguerra

Chine

Les amants célestes Nathalie Charraud
Mencius on the mind Pierre-Gilles Gueguen

Politique

Politique de la psychanalyse aujourd'hui Sergio Laîa
De l'évaluation Jean-Pierre Moussaron

Science

Trace et objet, entre neurosciences et psychanalyse Francois Ansermet
Le lieu du sujet Nathalie Charraud

La passe

De la banalité de la scéne primitive Antoni Vicens
"J'étais catholique" Bernard Seynhaeve
Rester à l'heure du réel Mauncio Tarrab

Instantanés

L'oxymore et les nygmes Joe Attié
L'objet d'art a l'époque de la fin du beau Marie-Hélène Brousse
Actualité du transfert Fabian Fajnwaks
La philosophie du comme si Françoise Fonteneau
La traque de Jean-Christophe Bailly Nathalie Georges-Lambrichs
Simone Weil: l'écriture du désêtre Réginald Blanchet
Au commencement. il y avait... les billes Véronique Robert

L'En-Je lacanien n°12

Nomination et Noms-du-Père



Editions : Erès
Parution : Juillet 2009
Prix : 25 €

Le Père n'a pas qu'Un Nom. Il en a des tas. Mais qu'est-ce qu'un nom propre ? Qu'est-ce que nommer et à quoi ça sert ? Le penser borroméen de Lacan réactualise cette question dans la psychanalyse et son incidence majeure dans la clinique freudienne de l'Inhibition, du Symptôme et de l'Angoisse.

Ont participé à ce numéro : NATHALIE AOUSTIN - SIDI ASKOFARE - MICHEL BOUSSEYROUX - DIDIER CASTANET - SYLVIANE CERNOIS - LUCILE COGNARD - JEAN-CLAUDE COSTE - DOMINIQUE DARTIGEAS - MARIA LUISA DE LA OLIVIA - MONIQUE DESORMEAUX - XAVIER DOUMEN - CARMEN GALLANO - LUIS IZCOVICH - SERGE LAZARO - PROGRESO MARIN - FULVIO MARONE - JUAN LUIS MORAZA - ALBERT NGUYEN - ELIANE PAMART - JACQUELINE PATOUET -

mercredi 8 juillet 2009

Revue du Champ Lacanien n°7 - Avril 2009

Le temps dans la psychanalyse, la psychanalyse dans son temps



Introduction

Liminaire, Anita Izcovich
Le temps, pas logique, Colette Soler

Le temps dans la psychanalyse, la psychanalyse dans son temps

Introduction, Dominique Fingermann
Le temps du désir, les temps de l’interprétation, le temps de l’acte, Marc Strauss
Le tempo d’une analyse, Dominique Fingermann
Le temps : un objet logique, Bernard Nominé
L’étoffe du zéro - la topologie et le temps, Françoise Josselin
La liberté ou le temps, Mario Binasco
La hâte et la sortie, Luis Izcovich
Temps logique et temps arrêté, incidences cliniques, Jean-Jacques Gorog
« C’est impossible, malgré tout je le fais », Marie-Noëlle Jacob-Duvernet

Entre champs

Introduction, Cathy Barnier
Mutation des perspectives sur la santé mentale et stratégies politiques, Gérard Neyrand
La question de l’identification transgenre, Judith Butler

Politique de la psychanalyse

Introduction, Martine Menès
Savoir d’expérience, Sol Aparicio
L’acte analytique dans le Champ lacanien, Colette Soler
La satisfaction et le « corps parlant », Diego Mautino
De la jouissance et des discours, Patrick Valas

Clinique

Présentation, Nicolas Bendrihen
Tu/er la mort, Martine Menès
La dépression contemporaine et les discours,
Stéphanie Gilet-Lebon

Lectures

Porge Erik, Des fondements de la clinique, Érès, 2008 - par Didier Grais
Micheli-Rechtman Vannina, La psychanalyse face à ses détracteurs, Aubier, 2008 - par Frédéric Pellion
Drach M. & Toboul B. (dir.), L’anthropologie de Levi‑Strauss et la psychanalyse, La Découverte, 2008 - par Radu Turcanu
Rodman F. Robert, Winnicott, sa vie, son oeuvre, Érès, 2008 - par Catherine Vanier

Auteurs
Index

vendredi 3 juillet 2009

La Revue Lacanienne n°4

Difficultés actuelles de l'action collective

Difficultés actuelles de l'action collective


Édité par l'Association lacanienne internationale - 2009 - 17.00 €

Les exemples ne manquent pas. Citons en vrac : la difficulté de trouver des personnes qui veulent bien occuper une place de direction dans les services ; la méfiance, voire le soupçon d’abus qu’occuper une place de pouvoir engendre d’emblée ; l’impuissance à diriger dans laquelle se retrouve souvent la direction quand elle est contrainte - comme c’est souvent le cas - de se soumettre au consensus de ceux qu’elle dirige ou aux directives d’une administration qui prétend suppléer par la rationalisation à l’autorité dont elle ne dispose plus ; l’épuisement des figures et modèles de chefs dignes de ce nom ; l’absence de ligne directrice ou d’orientation à un ensemble de consignes, mots d’ordre, décrets qui, pourtant, ne cessent de proliférer; le culte de l’urgence qui impose de trouver des solutions immédiates et, pour ce faire, de simplifier en binaire la complexité des problèmes qui se posent ; les exigences de plus en plus importantes de la part d’un pouvoir de plus en plus anonyme ; les réponses de type managérial à de vrais problèmes de société…
La société humaine est toujours plus que la somme de ses composantes. Ce constat paraît d’une banalité déconcertante mais les sociologues, Durkheim le premier, l’ont identifié comme leur axiome : « Un tout n’est pas égal à la somme de ses parties. » Autrement dit, un groupe, un collectif, une société humaine, qu’elle soit étroite ou large comme une équipe médico-sociale ou une institution étatique, ne peut se ramener à la somme de ses participants. Ceci veut dire que pour qu’il y ait lien social, il faut de la place pour l’instance qui représente la collectivité.
Mais c’est aussi à l’intérieur même de l’appareil psychique de chacun de ses membres qu’il faut cette référence.
Il s’en déduit d’ailleurs ce qui pourrait s’appeler la règle des trois A. En effet, reconnaître cette instance collective implique l’antériorité, l’altérité et l’autorité.
Il y aura de l’antériorité parce que l’instance collective, fût-elle la langue parlée, est toujours avant chacun de nous. Il y aura de l’autorité puisque c’est à partir de cette place de l’instance du collectif que sera légitimée l’autorité. Il ne s’agit pas ici de pouvoir, mais d’autorité! Il y aura de l’altérité parce que si l’instance collective vient prévaloir sur chacun des membres du collectif, elle fera limite légitime _ et donc entame _ pour chacun dans son fonctionnement ; de ce fait, l’autre existera comme différent, l’instance du collectif entamant la toute-puissance narcissique et permettant que l’altérité trouve sa juste place. Freud écrivait à ce propos :
« La vie en commun des hommes n’est rendue possible que si se trouve réunie une majorité qui est plus forte que chaque individu et qui garde sa cohésion face à chaque individu. La puissance de cette communauté s’oppose maintenant en tant que droit à la puissance de l’individu qui est condamné en tant que violence brute. Ce remplacement de la puissance de l’individu par celle de la communauté, c’est le pas culturel décisif. Son essence consiste en ce que les membres de la communauté se limitent dans leurs possibilités de satisfaction alors que l’individu isolé ne connaissait pas de limite de ce genre. » (Sigmund Freud, Malaise dans la culture, « Quadrige », PUF, 1995, p.38.)
Depuis la nuit des temps, il n’y a pas une société qui n’ait installé d’emblée la prévalence du collectif sur les individus. À tel point d’ailleurs que le fait - pour nous banal - de se demander ce que chacun veut faire de sa vie, est une question nouvelle dans l’Histoire. Jusqu’il y a peu, il s’agissait d’occuper la place qui m’était désignée ; je pouvais essayer de me soustraire à cette contrainte, mais c’était relativement rare parce que le prix de la transgression était élevé et donc peu accessible au premier venu. Aujourd’hui, il y a une véritable aporie à ce que notre société se donne comme programme collectif d’autoriser à chacun son trajet. Car il n’est pas possible, en même temps et totalement, de faire la promotion du collectif et de l’individu. Il y aura toujours un moment donné où ce sera le hiatus. Cela ne pourra que se cogner !
N’est-ce pas d’ailleurs le point où nous en sommes aujourd’hui ?
Si nous nous trouvons actuellement en difficulté, n’est-ce pas parce que nous n’arrivons plus à soutenir dans le même mouvement le fait de faire prévaloir l’instance collective et celui de promouvoir l’autonomie de l’individu ? Ne serait-ce pas en cela que les difficultés actuelles de l’action collective relèvent de ce que nous appelons dès lors un symptôme, entendu en l’occurrence comme représentant de la vérité du lien social, comme relevant de la façon dont notre société néolibérale contrevient aux lois du langage qui nous humanisent ?
Jusqu’il y a peu, l’instance collective avait un fondement théologique. Aujourd’hui ce modèle s’est épuisé. Mais il y a deux manières d’entendre cette péremption : soit comme si l’instance collective n’avait plus son fondement théologique et que nous soyons, de ce fait, débarrassés de la nécessité de l’instance collective, soit comme si celle-ci n’avait plus son fondement théologique, mais que la question désormais se posait de savoir comment la constituer. Où allait-elle trouver sa légitimité, comment allait-elle encore être représentée ?
Aujourd’hui la confusion, à cet égard, va plutôt bon train. Nous sommes comme au milieu du gué car nous nous sommes débarrassés de l’instance collective à légitimité théologique, mais nous ne prenons pas encore sur nous la construction de ladite instance qui, pourtant, caractérise comme nous l’avons précisé, le lien social.
Faute de le soutenir, chacun fait comme bon lui semble et l’instance collective n’a bien souvent plus d’autre fonction que d’avoir, à l’instar des échangeurs d’autoroute, à organiser comment les trajets se rencontrent sans vraiment se confronter.
Ce n’est plus alors qu’une instance collective « comme si » - pour reprendre la célèbre formule d’Hélène Deutsch - qui nous met en compatibilité les uns avec les autres, mais sans risquer la conflictualité.
Pour ce faire, elle fait appel au droit pour qu’il accompagne, mais sans normativer. L’instance collective est alors essentiellement priée de me reconnaître dans ma singularité mais à la condition expresse qu’elle ne l’entame en rien !
De cet état des choses, que peut dire le psychanalyste ? Comment peut-il rendre compte de cette difficulté spécifique à notre actualité ? Et quels remèdes peut-il proposer ?


Sommaire du n°4 :


-Présentation.
-« Comme si » tout allait bien… « Madame la marquise »
-Agir ensemble… Et quoi encore ?
-Vivre sans domicile : Une modalité de la passion ?
-Les psychologues en institution à l’épreuve des logiques gestionnaires.
-Se confronter au réel dans la vie collective.
-Entretien avec Jacques Weizsenfeld, directeur d’hôpital.
-Des méandres de l’action collective.
-Le silence de la machine.
-Tyrannie des projets dans les institutions.
-Mutation dans la médecine du travail.
-Les DOM : une chance (perdue) de parole ?

L'assassinat manqué de la psychanalyse

Agnès Aflalo



Paru le : 01/07/2009
Editeur : Cécile Defaut (Editions)
Collection : Psyché
Prix : 18 €

Il arrive qu’une loi provoque la colère de ceux qu’elle voulait protéger. C’est ce qui s’est passé fin 2003 avec l’amendement Accoyer, dont l’intention était de réglementer l’exercice des psychothérapies au risque de faire disparaître la psychanalyse. Le public que cette loi était censé protéger risquait ainsi de se
retrouver privé de certaines des libertés garanties par la démocratie.
De nombreux intellectuels, dont Bernard-Henri Lévy, ont perçu ce danger et ont immédiatement rejoint le mouvement des Forums psys organisé par Jacques-Alain Miller pour contrer cette attaque de la psychanalyse sans précédent en France. Il s’en est fallu de peu qu’elle disparaisse. Bien sûr la question se pose de savoir comment il a été possible d’en arriver là, et c’est ce que ce livre entend éclairer. Sans doute l’évaluation et le scientisme cognitivo-comportementaliste qui infiltrent progressivement les savoirs et les détruisent ont-ils joué un rôle majeur dans cette affaire. Et l’Association internationale de psychanalyse, fondée par Freud pour protéger son invention a encouragé la cognitivisation forcée de la psychanalyse. La psychiatrie a quant à elle sombré dans l’obscurantisme hygiéniste du XIXe siècle et sa nouvelle recrue, l’épidémiologie, accueille aujourd’hui des discours racialistes. Pourtant, plus l’évaluation
accélère la marchandisation des savoirs et renforce le malaise contemporain, et plus la psychanalyse d’orientation lacanienne démontre son utilité publique. Car, Agnès Aflalo le montre ici avec clarté, elle est la seule à accueillir la singularité de ceux qui désirent s’y retrouver dans l’opacité de leurs symptômes.

Chronologie de la psychanalyse (1856-1939) du temps de Freud

Olivier Douville



Paru le : 01/07/2009
Editeur : Dunod
Collection : psycho sup
Prix : 17,50 €

Une histoire de la psychanalyse, du temps de la vie de Freud, sous forme chronologique. L'accent est mis sur les principaux développements de la psychanalyse et les grands débats qui l'animèrent de 1874 à 1939.

Olivier Douville : Maître de conférences en psychologie clinique à l'université Paris 7-Denis Diderot et directeur de publication de la revue Psychologie clinique. Il a déjà publié chez Dunod "Les méthodes cliniques en psychologie" (2005) et "10 entretiens en psychologie clinique de l'adulte" (novembre 2008).

mercredi 1 juillet 2009

Hypnos : esthétique, littérature et inconscients en Europe (1900-1968)

Etudes réunies et présentées par Frédérique Toudoire-Surlapierre et Nicolas Surlapierre




Parution : juin 2009
Editeur : l'Improviste, Paris

Les interventions de ce volume envisagent l'Europe dans sa pluralité et, particulièrement, dans son extension vers l'Est au prisme de la notion d'inconscient. Ses représentations dans la littérature et les arts entre 1900 et 1968 permettent de saisir les enjeux des transformations et évolutions de l'Europe à cette période. Des manifestations aussi diverses que l'hypnose, le rêve, le sommeil, l'extravagance, le loufoque, les bizarreries, les lapsus, les actes manqués ou les jeux de mots sont autant de modes d'expressions qu'artistes, écrivains, penseurs ou musiciens se sont appropriés. Entre mot d'esprit, délire visuel ou inquiétante étrangeté, ces notions théorisées par Sigmund Freud ont fédéré ce que Jung nommera ensuite l'« inconscient européen ».

Le mensonge indispensable : du trauma social au mythe

Pascal Hachet



Parution : juin 2009
Editeur : L'Harmattan, Paris
Collection : Psychanalyse et civilisations

Longtemps en Occident, les mythes n'ont pas eu bonne presse. Notre approche rationaliste les a réduits à de purs et simples mensonges. Mensonges peut-être, mais mensonges indispensables. Ainsi en est-il de Clovis et du mythe d'une identité française «pure» depuis quinze siècles. Cette fiction fournit des repères rassurants à ceux que désoriente l'affaiblissement de l'Etat-nation sous l'effet de la mondialisation économique. En parallèle, l'exploitation de cette contre-vérité manifeste par des politiciens et par des hommes d'Eglise compromet une prise de conscience efficace des transformations sociétales.

Cet exemple illustre la redoutable ambiguïté du mythe. Il n'a besoin ni de pourfendeurs ni d'apologues, mais d'une compréhension de sa part de lumières et de sa part d'ombres. Si le mythe est nécessairement passager, il est dans tous les cas nécessairement mensonger, car nul n'est capable d'accepter sur-le-champ une réalité amère. Avec des succès divers, le mythe aide les individus à assimiler les expériences difficiles qu'ils partagent et participe à la genèse et à l'équilibre des liens sociaux.

Chemins de traverse : passages de Freud à Derrida

Anne Bourgain



Parution : juin 2009
Editeur : Lambert-Lucas, Limoges

La pulsion de pouvoir est toujours à analyser. Penser le politique est depuis Freud au coeur de la pratique analytique. Entendre quelque chose de l'inconscient demande un pas de côté, un écart, pour tenter de subvertir la psychanalyse de l'intérieur.

C'est là où nous entraînent ces chemins de traverse, ces passages secrets entre philosophie, littérature et psychanalyse. Au moment où paraît La Bête et le Souverain, premier volume du dernier séminaire prononcé par Derrida, la démocratie, la psychanalyse, l'hospitalité, la langue en promesse sont encore à venir. Ces questions urgentes à penser sont notre dette. A partir des motifs les plus patiemment dépliés par un Derrida lecteur de Freud - le secret, la trace, la vérité, l'animalité - cet ouvrage entend éclairer quelques séquences de cette grande scène d'héritage.

Folies contemporaines

Daniel Beaune et Thamy Ayouch



Parution : juin 2009
Editeur : L'Harmattan, Paris
Collection : L'oeuvre et la psyché

Une voix éclate : «elle m'a largué cette conne... je suis mal... il faut m'enfermer sinon je vais la tuer !». Christophe, livide, est prostré dans le couloir des urgences. Toute la nuit, il détaille les moments d'une enfance heureuse entre un père, une mère et une grande soeur attentionnée, que traversent de longues périodes d'ennui parfois voluptueuses. Il évoque l'impression de ne jamais voir son désir de vivre pleinement réalisé, son tiraillement entre l'envie irrépressible d'agir et celle de ne plus bouger.

Stéphane, publicitaire, ne voit plus le temps passer. Depuis trop longtemps, les jours se ressemblent inéluctablement : il revêt, tous les matins, le même dynamisme affecté pour aller travailler, se rend aux mêmes fêtes de fin de semaine et se réveille avec la même gueule de bois les dimanches blêmes. La rencontre de Laure chez des amis ou celle de Marie dans un bar sont identiques. Il les accueille avec le même sourire lassé et n'en attend rien. D'une même voix que Fernando Pessoa, il semble dire à tout ce qui l'entoure :

«Dans tout cela, qu'y a-t-il d'autre que moi ? Ah, mais l'ennui c'est cela, simplement cela. C'est que dans tout cela - ciel, terre, univers -, dans tout cela, il n'y ait que moi !»

Enfants du néo-libéralisme, Christophe, Stéphane et bien d'autres de leurs contemporains n'ont pas connu la Shoah, la guerre d'Algérie ou Mai 68. Ces événements s'inscrivent pourtant au coeur de leur souffrance. A la croisée d'un contexte social-historique réel, et de cryptes collectives transmises d'une génération à l'autre, les folies contemporaines mettent à jour les investissements inconscients du champ social. Elles révèlent, par-delà l'OEdipe ou les mythiques figures parentales, les contenus sociaux, économiques, politiques de l'inconscient.

Che vuoi ? nouvelle série, n° 31 - juin 2009

L'invention des enfants



Editeur : l'harmattan

Après les premières découvertes de Freud sur la sexualité infantile et le scandale qu'elles causèrent, les psychanalystes se sont rapidement intéressés au traitement des enfants, et à celui des psychoses.

Ce numéro de Che vuoi ? a voulu interroger les avancées de la psychanalyse avec les enfants, particulièrement au regard des événements historiques qui ont marqué sa naissance. Dans les lieux de soins où ils exercent, les psychanalystes sont de plus en plus aux prises avec l'écrasement de l'espace psychique par le factuel : l'évaluation tend à se substituer à l'invention, tout ce qui relève du transfert est désavoué. Un fichage des populations indésirables peut se mettre en place ; il en rappelle d'autres, de sinistre mémoire.

Les textes rassemblés permettent d'entendre les enfants à travers le jeu, le dessin, la mémoire, la création littéraire. Ils ouvrent également sur l'extrême importance de la fonction des «passeurs» que les enfants, au cours de leur vie, auront ou n'auront pas la chance de rencontrer.